Premier évènement public dans les locaux de l’Institut français depuis sa relocalisation en juillet dernier, le vernissage de l’exposition « Les doyennes et doyens de provence » aura lieu le vendredi 25 septembre à 17h en présence de l’artiste Anne Vilsbøll.

Initialement, le projet Les Doyennes de Saint-Jeannet se proposait de peindre des femmes âgées (Les Doyennes) de 80 à 100 ans dans le village français, où l’artiste danoise Anne Vilsbøll vit depuis 1999. Peu à peu, il s’est développé pour devenir un projet permanent ces dernières années: capturer des corps humains marqués par leur environnement et leur vie professionnelle quotidienne. Ce projet a vu le jour en 2004 – 2005 sous le nom  Les Doyennes de Saint- Jeannet , puis s’est étendu en 2008 avec Les Doyennes de Bargemon et enfin en 2012 avec Les Doyennes et les Doyen de Provence, grâce au soutien de la résidence Maison Dora Maar – Les Brown Foundation, Ménerbes. Le but de ces peintures n’est pas seulement de capturer le corps physique, mais d’analyser comment un environnement peut marquer un corps.

En termes biologiques, le mimétisme est le phénomène qui consiste, chez les animaux, à se protéger grâce aux couleurs de leur environnement: Les environs ont une couleur, la couleur des animaux est la couleur de leur environnement, les animaux se protègent avec la couleur de leur environnement, les êtres humains font de même  (texte écrit  par Anne Vilsbøll en 1982).

La nature de la « vieillesse » est universelle – l’expérience et la stigmatisation est individuelle et culturellement ancrée. Avec pour seul support son propre papier, Anne Vilsbøll crée la vie grâce à ses portraits d’une grande qualité tactile. Elle capte la personnalité des corps humains d’une manière très sensible. On peut observer et presque sentir la vie vécue, les organismes pénétrés par leur environnement. La peau comme témoin par absorbtion.

Le corps humain a la capacité d’absorber tout comme le papier absorbe les signes. Nous sommes tous des objets sur la surface de la terre. Une feuille de papier représente une surface – un intervalle, créé par des plantes qui viennent elles-mêmes de la terre, qui planent entre ciel et terre – une nouvelle opportunite. Il y a un lien entre le papier et les êtres humains dans tous les aspects de l’historie, de la culture, de la biologie, et de la géographie.

Je fabrique une feuille de papier. Un espace totalement nouveau emerge de l’eau. Les possibilités du monde s’accroissent. L’action est répétée. L’espace nouvellement né n’a pas la mémoire d’un état plus accompli. Il est. Rien n’est comme lui. Chaque feuille est un espace indépendant et nouveau. Les feuilles ne sont pas remplies. Elles sont nues, simples, vides. La vacuité est une fiction visuelle. Un espace nu, une feulille blanche existe du fait d’une présence indéfinie. Une feuille de papier a une invisibilité fonctionnelle. Elle absorbe. Le papier n’est pas du papier, mais quelque chose de vivant. L’ouverture d’une feuille de papier vide signifie une capacité d’expansion. Il n’y a pas de limites. Pas de clôtures. Seulement un espace intense. Le papier fait main n’a pas de bords définitifs. Le papier dit les choses, mais n’exige rien du spectateur. Le papier n’a pas davantage besoin du spectateur pour le mesurer. Il s’oppose à toute mesure. Le papier est présence. Sitôt perçue une irrégularité dans le papier, notre attention l’amplifie. Si l’irrégularité est amplifiée et déssinée sur le papier, l’irrégularité prend sens.

Anne Vilsbøll

Le Journaliste danois Jørgen Ancher a intitulé le poème : « La Croyance de Anne Vilsbøll  » lors d’un interview réalisé pour un programme culturel à la Radio (Culture News), Danemark 1996.

Anne Vilsbøll est une peintre, écrivaine et commissaire d’exposition danoise. Elle est considérée comme l’une des innovatrices dans son domaine qui consiste à tenter de relancer l’artisanat du papier en tant que forme d’art contemporain. Ses oeuvres sont exposées dans le monde entier. Elle a travaillé sur différents types de supports papier originaires d’Orient, d’Afrique, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Australie et d’Europe. Elle vit et travaille à St-Jeannet, au nord de Nice, à Udaipur au Rajasthan, et à Copenhague.