Pendant deux ans, Florian Marlière a occupé le poste de Volontaire International (VI) au Groenland. Retour sur son expérience, ses missions et ses motivations.

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je suis diplômé de Sciences Po Lille en administration publique. Au cours de cette formation, j’ai pu réaliser un stage au secrétariat d’État à la Justice et au Conseil d’État. Par la suite, je suis parti travailler dans une association en Sibérie dont la vocation est de renforcer les liens entre la Russie et l’Union européenne, et de favoriser la participation citoyenne de la jeunesse russe. Lorsque j’ai vu le poste au Groenland, ce n’est pas forcement la destination qui m’intéressait au premier abord mais bien le contenu du poste, pluridisciplinaire, touche à tout.

Quelles étaient tes missions pendant ces deux ans ?

Globalement, la mission consiste à renforcer la coopération franco-groenlandaise. Cette coopération s’appuie sur un accord de coopération avec l’université de Nuuk, Ilisimatusarfik. En échange de cours donnés au sein du département des sciences humaines, l’université met à disposition un logement et un bureau au chargé de cours. Il participe ainsi à la vie culturelle de l’université. Le VI dispose d’une grande marge de manœuvre dans l’organisation des évènements (organisation d’un ciné-club mensuel, suivi du tour de France, suivi de l’élection présidentielle, etc.).

En dehors de la relation avec l’université, le VI réalise une mission de veille politique et économique. Il identifie les informations qui peuvent avoir un impact sur les relations entre la France, l’Union européenne, le Danemark et le Groenland. Il conseille les porteurs de projets français pour les mettre en relation avec les interlocuteurs pertinents (projets artistiques, échanges scolaires et renforcement des accords universitaires).

Enfin, le VI a une fonction de préparation, d’organisation et d’accompagnement des délégations officielles qui se rendent au Groenland. J’ai notamment pu accueillir une délégation de parlementaires européens avec François Bayrou et Marielle de Sarnez, ainsi que l’ambassadrice des pôles, Ségolène Royal. Les missions sont donc extrêmement transversales, c’est justement ce qui est passionnant. C’est un poste particulier parce que le volontaire donne le rythme de la mission. C’est à lui d’être proactif.

Quelles sont les contraintes de la vie au Groenland ?

Honnêtement, l’hiver arctique est tout à fait supportable quand on est bien équipé. C’est un hiver sec. Je n’ai jamais eu de problème avec la météo. Évidemment, l’ensoleillement est particulier avec un soleil de minuit l’été et une nuit polaire l’hiver. C’est un peu déstabilisant mais ces contraintes sont minces par rapport à la chaleur des groenlandais et à la beauté de l’île. Le coût de la vie est élevé car tous les biens sont importés et la plupart les services sont en situation de monopole. Mais pour le VI, l’université assume toutes les charges. Les obstacles sont donc assez minimes. D’une manière générale, les groenlandais sont toujours curieux de rencontrer des étrangers qui montrent de l’intérêt pour eux, pour leur culture, pour leur actualité.

Et pour les langues ?

Pour les relations avec l’Ambassade, l’Institut français et les porteurs de projets, la langue de travail est le français. Pour les cours, les partenaires et les officiels sur place, les échanges s’effectuent exclusivement en anglais.

Recommanderais-tu ce poste ?

C’est un poste passionnant. Si le statut de VI permettait d’étendre la mission au-delà de deux ans, je pense que j’aurais prolongé mon contrat. La France a un rôle à jouer dans l’arctique ; son histoire, ses grands noms comme Jean Malaurie et Paul-Émile Victor, ses accords et ses échanges témoignent de ses liens avec la région. C’est un poste privilégié car le VI est au contact d’autorités locales de haut niveau. J’encouragerais tout le monde à faire cette mission.

Un conseil pour ton successeur ?

Si un volontaire a des doutes sur le climat, l’éloignement, la vie, les langues, tout cela est balayé en quelques semaines une fois sur place. On tombe sous le magnétisme du Groenland quoi qu’il arrive.

Interview – Marion Galan Alfonso ; Retranscription – Pierre Leprince