Acid Arab – vendredi 1er juin à Distortion Ø

Belle idée, les DJ Guido Cesarsky et Hervé Carvalho, sous l’appellation Acid Arab, avaient lancé Collections, une série de maxi-vinyles où ils invitaient la fine fleur des producteurs techno à remixer toutes les musiques du Levant. Epaulés par les compositeurs Pierrot Casanova et Nicolas Borne, ils publient leur premier véritable album, et celui-ci sonne plus organique et abouti : enregistré avec plusieurs chanteurs et instrumentistes. Ces derniers se livrant depuis longtemps à une relecture moderne — électro ! — de la debka syrienne (l’organiste Rizan Saïd, accompagnateur d’Omar Souleyman), du folklore juif yéménite (les chanteuses de A-Wa) ou du chaâbi algérois (Kenzi Bourras, sur la plupart des claviers)…
D’une flûte arabe à un saz kurde, d’un synthétiseur reproduisant le son de la zokra (bombarde) à une boîte à rythmes TR-808, instrument phare de l’acid house et des raves, on voyage et on échange beaucoup dans ce disque. Mais, à l’image du final et tranquille Tamuzica, se terminant par une évanescente nappe de synthétiseur à la Chemical Brothers, on revient toujours au pays de la techno. Variation de tempos lents et rapides, de gammes de couleurs et de sensations, Musique de France se dévoile un peu plus à chaque écoute. Un vent d’Orient se lève sur les dancefloors.

 

KillASon – samedi 2 juin à Distortion Ø- Red Bull Stage

De son vrai nom Marcus Dossavi-Gourdot, KillASon a grandit à Poitiers avec des parents chorégraphes et danseurs. Très tôt, ils lui donnent le goût de la danse et de la musique. À 8 ans, il rencontre les danseurs de la Wanted Posse (l’un des crew de danses Hip Hop les plus fameux) et découvre avec eux l’univers du hip-hop parisien. En 2009, puis en 2010, alors qu’il n’a que 14 ans, il devient double champion de France avec son groupe de danse Undercover. L’étrange est parfois magique. Il est synonyme d’aventure infinie, de tentation profonde, d’inconnu rêveur, de doute incessant et de détermination indomptable. L’EP STW2 est la conclusion fantasmagorique du diptyque “Strange The World” où l’univers de KillASon s’affine musicalement et conceptuellement. À travers les 5 titres de l’EP, l’artiste entre en profondeur dans son imagerie hypothétique comme dans “Blow”, 1er extrait du projet qui esquisse une Europe xénophobe au bord de l’implosion totale. “Free”, morceau résolument pop, conte l’épopée sentimentale de son grand-père qui, après avoir mystérieusement perdu son premier amour au Gabon, refonde sa famille en France. KillASon prête sa voix au fantôme de cette femme qui tente de convaincre ce marin béninois de libérer son cœur de l’anxiété et d’aimer sa nouvelle épouse de tout son être. “Ghost” continue de faire appel aux esprits : il faut parfois se transformer en spectre lorsque l’entente est impossible. L’hymne à la vie lumineuse de “Karma Up” fait planer avec sa mélodie orientale quand le rocky “Young Prince” peint l’existence obscure d’un fils de dictateur prêt à tout pour le pouvoir. STW2 est un chapitre chaleureusement mélancolique et irrésistiblement dansant. C’est l’autre moitié d’un monde hybride aux multiples couleurs musicales où KillASon développe son « Energy Music » : un Hip-Hop véloce aux émotions électroniques et mélodies Pop-Rock songeuses. Cette énergie permettra à tous ceux qui la nourrissent de bousculer le monde, non pas en le changeant mais en le rendant étrange. So let’s Strange The World. 2.