Robert Bresson  écrivait un film comme on fait un puzzle. Une pièce, une pièce là et on verra bien si quelque chose de cohérent finira par se dessiner et surgir. Qu’on songe à l’avalanche du Mal suscitée par un simple faux billet dans L’Argent. Il mettait de l’ordre dans les petites touches disséminées sur sa palette intérieure. Peintre il fut, peintre il demeura. Quand on l’a été, on ne cesse pas de l’être. Ce n’est pas une question de matériel mais de vision du monde. Cela participait du noyau infracassable de son éthique. La solitude est l’invisible fil d’Ariane qui relie ses treize films ; mais il faut son génie pour l’entourer de suffisamment de tendresse afin de faire oublier sa sècheresse. Dès ses débuts dans le cinéma, sans la moindre pose ni la plus légère affectation, Bresson s’est exprimé comme un classique ; tout dans son écriture cinématographique a relevé de cet esprit. Sans concession à l’air du temps quel que soit le temps mais avec le souci de rendre actuels tant Jeanne face à ses accusateurs que Lancelot. .

Tout son Procès de Jeanne d’Arc tient en un leitmotiv, une phrase de l’héroïne sur laquelle s’appuie tout l’édifice : « J’ai eu la volonté de le croire ». C’est elle qui le dit mais c’est lui qu’on entend car son art poétique s’y exprime mieux que dans des développements théoriques, si tant est qu’il faille chercher de la théorie là où il n’y a que de la méthode : la quête de la spontanéité par des moyens mécaniques. Car le cinéma, le sien en tout cas, tel qu’il concevait, n’est pas fait d’images mais de rapports d’images, d’échanges, de rythmes. Paradoxalement, alors qu’il était nourri de livres, qu’il les adapta souvent et qu’il travailla à ses débuts avec Giraudoux et Cocteau, son cinéma est des rares à s’être émancipé de la littérature. En raison de ses adaptations du Journal d’un curé de campagne et de Mouchette, on l’a cru lecteur de Bernanos alors qu’il était plutôt relecteur de Diderot (les Dames du Bois de Boulogne est inspiré de Jacques le fataliste), Montaigne et Dostoïevski ; son Pickpocket, fondé sur l’aventure intérieure d’un voleur dans son rapport avec ses mains, doit quelque chose d’informulé à Crime et châtiment, pour ne rien dire d’Une Femme douce ; il l’a adaptée d’autant plus librement de Krotkaja/ La Douce que cette nouvelle étant à ses yeux bâclée et emphatique, « j’ai pu m’en servir au lieu de la servir ». Pourquoi Bernanos ? Parce que son art était celui d’un peintre, dépourvu d’analyse et de psychologie.

Au passage,  il balaie les lieux communs qui encombrent la compréhension de ses films. La diction de ses comédiens n’est pas blanche : elle est juste. Son hostilité aux comédiens professionnels est une légende ; simplement, les meilleurs viennent du théâtre et le cinéma exige un autre langage qu’il trouve plus naturellement chez des amateurs qu’il appelle « des modèles » – et deux d’entre eux, Anne Wiazemsky et Dominique Sanda, en feront leur métier ; quand tant d’autres les veulent nature, lui les veut juste naturels.

Robert Bresson persistait à croire en l’homme même si son époque le désespérait : une société fondée sur l’argent, des rues livrées au fracas… Les producteurs aussi le désespéraient. Pourtant, il n’était pas cinéaste à dépasser les budgets et les plans de tournage. Une fois à peine, pour Au hasard, Balthazar, son chef d’oeuvre ; et encore, c’était à cause des caprices de l’âne qui n’était pas dressé. Il est mort sans avoir mis en ordre son grand projet : La Genèse, de la création du monde à la Tour de Babel., mais en toute simplicité.

Les Anges du Péché

Syndens engle
 
Une orgueilleuse jeune fille du monde entre au couvent cloîtré de Bethanie, consacré au relèvement des filles perdues. Elle s’attache à l’une d’elles, délinquante rebelle, et entre en conflit avec la supérieure… 
 
Avec : Renée Faure, Jany Holt, Sylvie, Mila Parély

France, 1943

35mm, 96 min.
Sous-titré anglais
A partir de 15 ans

Dates :

jeudi 15.06.17,à 17h00
samedi 24.06.17 à 14h15

 

 
 

Le diable probablement

Djævelen måske
 
 
Les interrogations sur le sens du monde d’un groupuscule anarchiste et surtout celles de Charles, jeune homme acceptant difficilement le gaspillage de la vie et qui opte pour le suicide.
Avec : Antoine Monnier, Tina Irissari, Henri de Maublanc, Laetitia Carcano

France, 1977

35mm, 97 min.

Sous-titré danois
A partir de 15 ans

Date :

mercredi 17.05.17 à 16h45

 

 
 

Le procès de Jeanne d’Arc

The Trial of Joan of Arc
 
Évocation, parmi une dizaine, du procès de la célèbre pucelle d’Orléans où Robert Bresson s’est servi de textes authentiques du procès de condamnation, de dépositions et témoignages du procès de réhabilitation.
Avec : Florence Delay, Jean-Claude Fourneau, Roger Honorat

France, 1962

35mm, 65 min.
Sous-titré suédois/finlandais
A partir de 15 ans

Projections :

dimanche 04.06.17 à 14h30
jeudi 22.06.17 à21h00
 

Quatre nuits d’un rêveur

Four Nights of a Dreamer
 

Attendant le retour de son amant depuis trop longtemps, Marthe, lasse de la situation, décide de sauter dans la Seine du haut du Pont-Neuf. Jacques, un jeune peintre qui baladait non loin, l’en empêche. Les jeunes gens apprennent alors à se connaître et se donnent ainsi rendez-vous le lendemain. S’en suivent au total quatre nuits au cours desquelles Jacques et Marthe se confient l’un à l’autre sans retenue. Sous le charme de la demoiselle, le jeune homme espère que cela est réciproque, pourtant le destin lui réserve quelques surprises.

France, Italie, 1971

Avec: Isabelle Weingarten, Guillaume des Forêts, Jean-Maurice Monnoyer

35mm, 82 min.
Sous-titré suédois
A partir de 15 ans

Projections :

mardi 30.05.17 à 21h15
jeudi 08.06.17 à 19h00
 

L’Argent

Blodpenge
 

Pour être entre en possession, tout a fait innocemment, d’un faux billet de cinq cents francs, Yvon va être victime d’une série d’injustices qui l’entraineront au meurtre.

France, 1983

Avec: Christian Patey, Sylvie van den Elsen, Michel Briguet, Caroline Lang

DCP, 85 min.
Sus-titré anglais
A partir de 15 ans

Projection:

samedi 27.05.17 à 19h30
 

Au hasard Balthazar

Hvad med Balthazar?

La vie de l’âne Balthazar, plongé au milieu des drames humains et qui en meurt. « Je voulais que l’âne traverse un certain nombre de groupes humains qui représentent les vices de l’humanité. Il fallait aussi, étant donné que la vie d’un âne est très égale, très sereine, trouver un mouvement, une montée dramatique. C’est à ce moment que j’ai pensé à une fille, à la fille qui se perd. »

 
Avec : Anne Wiazemsky, Walter Green, François Lafarge, Jean-Claude Guilbert

France, Suède, 1966

35mm, 95 min.
Sous-titré danois
A partir de 15 ans

Projections :

samedi 10.06.17, à 21:30
jeudi 29.06.17, à 19:30